Les aventures dont le héros était un comptable: Théodore Poussin

Publié le par Jean-Yves



Tintin, Fantasio, Théodore Poussin...






Vous ne trouvez pas qu'il y a une ressemblance?

A quelques détails près.

Tout d'abord, les deux premiers sont journalistes (une sorte d'idéal héroïque du XX° siècle). Le troisième comptable, puis commissaire de bord (sur un bateau, c'est un comptable plus un intendant, si j'ai bien compris). Pas le genre de métier dont on rêve quand on est enfant ou ado.

Mais peut-être mieux. Car ce caractère anodin nous suggère que chacun de nous pourrait avoir été choisi par le destin.

Et puis Théodore Poussin est plein de poésie. Dès le départ. Alors que dans Tintin, celle-ci n'apparaîtra que tar
divement...et de façon fugace.



Dans Théodore Poussin, les pirates récitent Baudelaire et Mallarmé
...ou n'osent pas avouer qu'ils ne savent pas lire.



Enfin, dans Théodore Poussin, il y a des femmes. Fatales ou aimantes, folles ou secrètes, aimées de Théodore ou d'autres personnages. Et pas seulement des Seccotine ou des Castafiore... on n'est plus dans les années 50.


Une femme aimée par Théodore

Mais la référence aux grands classiques, si elle est clairement présente, n'est pas la seule paternité de Théodore Poussin.

Et de loin. Son modèle véritable, c'est un des grands-pères de Franck Le Gall, qui s'appelait Théodore Le Coq...d'où le nom du héros.



Ce grand-père
a été comptable, puis commissaire de bord, embarqué dans les années 30 (1930) sur un navire des messageries maritimes...d'où le métier de Théodore.

Cet ancrage dans la réalité et la fidélité à cette réalité de départ va donner une dimension immense au personnage.

D'autant plus que Franck Le Gall va réussir à conserver ce ton délicatement surrané tout au long des aventures de son héros...un prodige !

Le Gall va ainsi balader son personnage d'aventures incroyables en destins improbables avec la grâce et la poésie qui avaient (à mon humble avis de lecteur) abandonné Hugo Pratt dans ses dernières oeuvres.

Comme s'il y avait eu un transfert d'inspiration entre ces deux géants de la BD.

Venons-en à l'histoire (pour tenter ceux qui n'auraient jamais lu de Théodore Poussin): il y a douze épisodes (pour le moment. Vivement le prochain).

Difficile de les résumer.
Disons que le principe général des aventures de Théodore est le suivant: il devient un faux disparu lors de son premier embarquement en Extrême Orient et va tout faire pour rentrer en Europe.
Pour cela, il accepte tous les petits et grands boulots qui lui passent à portée de main, devient pirate, croise la route de sultans et de rajahs (les histoires se passent le plus souvent entre la Malaisie et l'Indonésie), fait parfois fortune de façon éphémère,  se retrouve toujours à deux doigts de revenir...mais à deux doigts seulement.

Avec Théodore Poussin, on plonge -on s'immerge complètement- dans l'aventure maritime, commerciale et coloniale asiatique des années trente. Avec une poésie digne d'un Monfreid, d'un Rimbaud...ou d'un Leyris?

Et on suit Théodore. Et aussi d'autres personnages passionnants.

Comme M. Novembre, qui est son destin.



Jusqu'à quel point d'ailleurs?
Est-il devin, magicien, ou seulement très adroitement intrigant ?
Et pourquoi agit-il toujours de sorte à empêcher Théodore de revoir l'Europe et de retrouver une vie normale?
De Novembre, on ne perçoit que des bribes. Tour à tour maléfique et bénéfique, il finit par s'attacher définitivement à Thédore...et nous à lui.

Ou encore Martin.


Encore un personnage paradoxal: avec son allure de clerc de notaire (en fait, il se dit avocat) et son costume à se promener sur les boulevards, on ne lui donnerait pas la carrure d'un héros. Mais les apparences sont trompeuses. Et Martin cache encore mieux son jeu que Théodore, dont il devient finalement l'associé.

Et il y a les femmes.

Marie Vérité, amour tragique d'un colon enrichi et (peut-être) d'un sultan local. Ou son double, fille mythomane ou folle d'ennui d'un colon pêcheur de perles.

Et Chouchou (celle que l'on voit plus haut dans l'extrait).

Bon. Il faut que je m'arrête avant de vous ennuyer profondément.

J'espère que cet article, dont je m'aperçois qu'il est plus un hommage qu'une critique, donnera envie de lire les aventures de Théodore Poussin à ceux qui ne l'ont pas encore fait.

Vous verrez, c'est beaucoup mieux que nombre de Corto Maltese (excepté la ballade la mer salée, bien sûr !!)


A +

Publié dans Critiques BD

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