En 1994, l'ode prémonitoire de Christin au monde émergeant
Après Los Angeles, l’étoile perdue de Laurie Bloom (avec Bilal) et Lady Polaris (Avec Mézières), Christin a écrit un troisième grand portrait reportage.
Comme dans les deux oeuvres précédentes, il est le propre narrateur de son récit. Mais cette fois-ci il est seul, sans les illustrateurs, poursuivant un milliardaire nomade pour tenter de l’interviewer.
Ci-dessous, une scène dans laquelle il apparaît. Enfin ... en tous cas, ses lunettes, sa chevelure grise et l'une de ses mains (en case 2).

Dans ce récit, le milliardaire imaginaire qu'il poursuit fait inlassablement le tour du monde pour superviser ses affaires, serrer des mains toutes plus importantes les unes que les autres, régler ses comptes (pan ! pan ! pan ! Pas lui, bien sûr, mais ses hommes de main)... ou se reposer à bord d’un yacht auprès de sirènes au corps de rêve et à l’esprit vénéneux.

En le lisant, j’ai pensé à ce roi des poulets ami de Fidel Castro, à ces milliardaires octogénaires et spéculateurs qui font trembler les bourses, à ces nababs mexicains ou égyptiens qui dominent la téléphonie dans les pays émergeants, à ces indiens rois de l’acier neuf ou recyclé, aux oligarques russes, etc.
Bref, à nos mythes actuels sur l’argent et le pouvoir.
Mais en fait, le véritable héros de l’histoire, c’est le monde émergeant et sa capacité à nous surprendre, à bousculer nos idées reçues, nos certitudes d’Européens.

Aujourd’hui, ce que raconte Christin nous apparaît normal, presque trop banal. Mais quand ce récit est paru (en 1994), il était très novateur. Il m’a fait découvrir de nouvelles vérités dont je n’avais qu’une idée très vague.
Oui .... en fait, j’étais à 100 lieues de m’imaginer que le monde était en train de devenir ce que Christin décrivait, assisté de ses deux illustrateurs. L’œil du maître avait encore saisi ce qui allait se passer. Comme dans « Partie de chasse ».

Quand on le prend en mains, l’ouvrage surprend d’abord par son hétérogénéité : des pastels de Cabanes (comme par exemple ci-dessus) s’entrechoquent avec des pages façon XIII ou Largo Winch (dessinées par Philippe Aymond), ces deux types de pages côtoyant elles-mêmes d’autres pages entièrement faites de texte ou des facs simile de journaux.

Du coup, je me souviens avoir éprouvé quelques réticences à commencer sa lecture. Mais la signature de Christin me disait « va plus loin ! Lis-nous ! Passe outre les apparences ! »
J’ai obéi à cette petite voix.
Heureusement. Car cette histoire, est passionnante. Magique. Prémonitoire. Tout à tour enthousiasmante, romantique ou désabusée.

Un dernier truc :
Parallèlement à cette ode au monde émergeant et aux aventuriers milliardaires, cet ouvrage est une sorte d’hommage à la Volvo P1800 coupé. J’aimerais bien réaliser (ou plutôt, faire réaliser par quelqu’un d’autre) une BD de ce genre pour assurer le pré-lancement d’une Renault. Mais ça, c’est une autre histoire !