Classique à lire et à relire: Le dragon de Bambou, par Truong

Publié le par Jean-Yves


A ma connaissance, le dragon de bambou est la seule BD qu'ait réalisé Marcellino Truong...et c'est bien dommage.

Marcellino Truong fait partie d'une tendance dandy de la ligne claire apparue dans les années 80 et qui a donné quelques très belles oeuvres de la BD franco-belge. Parmi les principaux acteurs de ce mouvement, on peut citer Floch' et Rivière ou Götting.

Ou encore Avril, Petit Roulet ou Stanislas, grâce à leurs ambiances, même si leur trait minimaliste les éloigne un peu des pré-cités. Et enfin Régis Franc, plus humoristique, mais toujours dans la même tonalité.

Revenons à nos moutons ! Ou plutôt au dragon de bambou.

Graphiquement, le dragon de bambou est un chef d'oeuvre, une réinterprétation inspirée du style de la fin des années 20/ début des années 30 (Art déco) par une ligne claire élégante aux couleurs superbement naïves.



Ci-dessus, un exemple du style de l'Illustration en 1926


La page ci-dessous  (à la piscine, avec pergola...toujours le tournant des années 30) est un bon résumé de la traduction réalisée par Truong.



Truong  s'est sans doute beaucoup investi dans cette BD. On y découvre de petites merveilles à chaque page, comme celle-ci, par exemple:


Euh... je m'aperçois que je n'ai toujours parlé de l'histoire. A ce stade, cele devient inquiétant !!

Pourtant, l'histoire est aussi passionnante que le trait est beau.

Truong nous promène à travers l'Indochine des années 20/30 à l'occasion de la fuite d'un jeune reporter dessinateur métis (tiens!  tiens!) qui
se fait poursuivre par la sûreté, les triades et le parti communiste... tout ça pour...non, je ne vous le dirai pas.

L'intrigue est très réussie (le "tout ça pour ça" de la fin est assez piquant !), mais elle est surtout un prétexte pour nous raconter un bout d'Histoire (la grande) et nous décrire l'ambiance à la fois douce et glauque de l'Indochine de l'entre deux guerres, nous montrer le décor et l'envers du décor de la colonisation.

Son héros rencontre Malraux (c'est sa femme que l'on voit dans les cases au dessus) et Ho Chi Minh...l'Histoire, quoi !

C'est surprenant et instructif (je pense à ces photos de réunions du parti communiste vietnammien où les participants cachaient leur visage derrière un tract ou un éventail)



Dernier clin d'oeil : Dans le dragon de bambou, Truong dessine tout au long de l'histoire une Renault 40HP de toute beauté, en respectant soigneusement les codes de la pub Renault de l'époque (perspective presque cavalière, accentuation de la proue...).

Vraiment dommage qu'il n'ait plus rien fait ensuite.

On peut toujours se consoler en feuilletant Elle (magazine pour lequel il dessine, comme Götting, d'ailleurs)

Ou en allant voir son site (magnifique collection de dessins sur le Vietnam).

A +



Publié dans Critiques BD

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